Alors qu’il travaille le sujet depuis près de 25 ans et qu’il a déjà réalisé plusieurs études au sujet des « espaces-projets artistiques » (2002), des « friches culturelles » (2011 et 2016) et autres « lieux culturels intermédiaires » (2022), Philippe Henry, chercheur en socio-économie de la culture et maître de conférences HDR retraité de l’Université Paris 8-Saint-Denis, nous livre ici une étude dédiée aux agencements entrepreneuriaux des lieux artistiques issus de la société civile. L’étude s’intéresse particulièrement à la définition du projet global de ces lieux, à la pluralité de leurs activités, mais aussi à leur gouvernance et leur modèle économique, dans l’optique de proposer une analyse des spécificités de leurs modes d’entreprendre.
Huit lieux ont été étudiés dans le cadre de ce travail de recherche : Les Ateliers du Vent (créé en 1996) à Rennes, Derrière le Hublot (créé en 1996) basé à Capdenac-Gare en Aveyron, Pol―n (créé en 2000) à Nantes, La chambre d’eau (créé en 2001) implantée au Favril dans le Nord, la Fabrique Pola (créé en 2002) à Bordeaux, le 108 (créé en 2003) à Orléans, Bouillon Cube – La Grange (créé en 2006) à Causse-de-la-Selle dans l’Hérault et Lacaze aux sottises – Maison LAcaze (créé en 2009) à Orion dans les Pyrénées-Atlantiques.
Le rapport, composé de 120 pages de présentation et d’analyses, s’ouvre sur un résumé qui pose à la fois le cadre dans lequel s’inscrivent les huit lieux étudiés, mais également les points d’attention et les enjeux sur lesquels Philippe Henry a travaillé.
« À partir des années 1990, s’est développée en France une multiplicité d’espaces-projets à forte dimension artistique, initiés par des acteurs de la société civile et poursuivant des buts premiers autres que lucratifs. Leur place essentielle – quoique encore insuffisamment reconnue au titre du développement culturel – appelle à une identification plus précise de ce qu’ils sont. Après une première étude générale réalisée en 2022 sur quelque deux cents de ces lieux, la présente vise à mettre en lumière le mode spécifique d’agencement entrepreneurial qui se dessine, au-delà de la singularité irréductible de chacun d’entre eux.
Le corpus de travail est constitué de huit cas associatifs, situés pour moitié en environnement rural et pour l’autre en contexte urbain. L’étude explore quatre grandes composantes de leur agencement entrepreneurial : la primauté du projet global, dans lequel la dimension artistique est fortement structurante et qui comporte une attention constante au territoire d’implantation, aux personnes qui y vivent et aux organisations qui y agissent ; la pluralité tant simultanée que successive d’activités et de projets, dont la coordination est sans cesse à réinventer ; la dynamique décisionnelle et la gouvernance pour partie distribuées entre plusieurs instances, mobilisant acteurs bénévoles et salariés ; le modèle économique pluriel et à plusieurs versants, dont la précarité structurelle compromet l’objectif de pérennisation et de développement du projet global.
Au final, il en ressort pour chaque lieu un mode de fonctionnement sous forme de communauté entreprenante singulière et une participation militante à un mode de développement économique relevant aussi bien de l’économie sociale et solidaire que de la résurgence contemporaine des communs » Lieux artistiques d’initiative civile. Un mode spécifique d’entreprendre en commun (Ibid, p. 2).
Corpus et processus de la recherche
La moitié des projets étudiés se situent en milieu urbain et la seconde moitié en milieu rural. Certains lieux sont gérés par une équipe de coordination, dont la mission est – entre autres – l’accueil de collectifs et d’équipes artistiques extérieures. D’autres lieux, qualifiés de « collectifs mutualistes », sont davantage la coopération de plusieurs équipes qui mutualisent la gestion d’un lieu, d’espaces de travail et l’organisation d’événements artistiques et culturels.
Ces projets artistiques et culturels partagent un certain nombre de points communs. Plutôt inscrits dans l’héritage des friches culturelles, ils ont au moins 15 ans d’existence. Ils présentent des échelles de projets assez importantes pour ce type de dynamiques, tant d’un point de vue budgétaire que du point de vue du nombre de salariés. Philippe Henry précise qu’il avait déjà étudié sept d’entre eux dans le cadre de ses travaux de 2022 sur les « lieux culturels intermédiaires ».
Le processus de recherche est détaillé : prise de contact avec les personnes en charge de la direction et/ou de la coordination, analyse de documents administratifs (rapport d’activité, bilan financier, tout document spécifiant les modalités de gouvernance…), analyse des documents de communication (contenu des sites internet, plaquettes de présentation…) et enfin des entretiens semi-directifs par visio conférence. Ainsi le rapport est nourri de très nombreuses citations issues de ce travail d’entretien et qui alimentent les différentes parties.
Le rapport, après une introduction sur le processus méthodologique se déroule en quatre grandes parties, qui viennent analyser les spécificités de ces projets et ce en quoi cela influence leur mode d’entreprendre.
Une partie est consacrée à la place structurante du projet global (projet artistique et culturel, lien au territoire…). La seconde analyse comment ces lieux gèrent la pluralité des activités et des projets développés au quotidien dans leur dynamique. Le rapport s’intéresse ensuite à la gouvernance et aux outils mis en place, pour finalement se pencher plus précisément sur les modèles économiques développés et les tensions qui s’y jouent.
Le rapport, structuré autour de ces quatre grandes parties, propose alors des présentations, descriptions et analyses, alimentées par de très nombreuses citations des acteurs étudiés, mais également des tableaux comparatifs sur chaque thématique (14 au total), des cartes cognitives qui permettent de situer les concepts et les références bibliographiques mobilisés (4 au total).
Singularités des lieux étudiés : l’art pour faire société
Afin de mieux comprendre les modes d’entreprendre de ces lieux, le rapport s’est particulièrement intéressé à quatre singularités de ces projets.
Le premier d’entre eux, est la définition du projet global, qui est analysé ici comme un socle fondamental aux démarches présentées. Les huit projets se revendiquent « artistiques et culturels ». Les artistes y ont une place essentielle. Ils peuvent parfois faire partie des équipes fondatrices (La chambre d’eau, Pol-n, Le 108, La Fabrique Pola). Les acteurs et actrices culturels y sont aussi particulièrement représentés : coordinateurs, médiateurs… Ces lieux ont tous un projet culturel fort. Ils œuvrent au soutien à la création artistique professionnelle, très souvent en proposant des dispositifs de résidence. Ils sont à l’initiative d’événements artistiques et culturels. Mais ils sont également très engagés sur les liens créés avec leur territoire. Ils peuvent se revendiquer de l’éducation populaire ou encore convoquer le cadre éthique des droits culturels1.
Il y est fait référence à l’émancipation des personnes et à la défense d’un meilleur cadre éthique. L’art dans ces projets, où le processus est particulièrement valorisé, est pensé dans sa dimension relationnelle avec les personnes mais également avec une communauté ou une société. De nombreuses expériences sont alors proposées et les partenariats et collaborations sur le territoire sont riches, variés et récurrents. Les huit projets présentés portent une attention forte à leur territoire d’implantation. Qu’ils soient établis dans un lieu ou qu’ils travaillent en itinérance (Derrière le Hublot), les propositions sont toujours à l’écoute des populations et des partenaires. Nous apprenons que les équipes fondatrices sont souvent originaires du territoire en question ou bien qu’elles s’y sont implantées avec la volonté d’y développer un projet de vie. Ainsi, elles connaissent finement les problématiques rencontrées par les habitants et les acteurs locaux. Elles avancent et développent leur projet en lien étroit avec les dynamiques territoriales.
Afin de mieux comprendre comment se déclinent ces projets, l’étude se penche dans une seconde partie sur la pluralité des activités mises en place et la façon dont les équipes assurent cette diversité. Les métiers de coordination et de régie sont analysés notamment pour leur capacité à activer la transversalité. Ces lieux demandent un important travail de suivi logistique et technique. Une occupation quasi permanente (certains lieux sont aussi des lieux d’hébergement), et une programmation parfois en continu exigent une ingénierie précise. Ainsi, des métiers sont développés dans ces projets, avec une fiche de poste quasiment sur-mesure. Nous comprenons que la gestion des espaces, que les équipes soient propriétaires ou occupent des espaces moyennant des conventions avec des partenaires publics, est une charge lourde. Les normes et la réglementation, mais aussi le suivi technique et logistique quotidien mobilisent beaucoup d’énergie. Les espaces sont donc pensés comme de véritables supports au travail mené, ils permettent l’accueil en résidence, la mutualisation de moyens techniques, le travail d’une équipe au quotidien, le développement de programmations ouvertes au public. Facilitant l’ancrage dans le territoire, ils influencent aussi fortement le modèle économique et le fonctionnement global. Notons que parmi les huit projets, Derrière le hublot a fait le choix de l’itinérance et de l’espace public. Seule l’équipe opérationnelle bénéficie d’espace pour le travail de bureau et l’hébergement d’artistes. Ces équipes développent depuis plus de 20 ans des pratiques et des expériences singulières dans les territoires et dans la gestion de lieux. Elles sont ainsi porteuses de pratiques et d’expertises qu’elles mettent volontiers au service des acteurs et du territoire, à travers des espaces ressources, des pôles d’accompagnement (La Chambre d’eau, La Fabrique Pola), ou encore des modules de formation (Lacaze aux sottises, Le Bouillon Cube, le 108).
Les deux dernières parties mettent la focale sur la gouvernance de ces projets et leur modèle économique. Dans une dynamique collective qui souhaite conserver une forme d’indépendance et d’auto-organisation, et qui articule à la fois engagement des salariés, investissement de bénévoles et participation de partenaires, on ne peut pas faire l’impasse sur une réflexion et d’un travail précis autour des enjeux de gouvernance. Nos huit projets sont des associations. Elles se basent donc sur cette structuration juridique pour mettre en œuvre des modes de gouvernance qui favorisent la circulation et la participation : collèges (résidents, associés, adhérents individuels…), différents types d’adhésions (actifs, cooptés, de droit, d’honneur), mobilisation de bénévoles… Les équipes salariées et les conseils d’administration ont un rôle central dans l’animation de ces dynamiques (gestion de groupes de travail, de commissions, d’assemblées générales…). La volonté d’ouvrir la gouvernance du projet à un maximum de parties prenantes est défendue dans l’ensemble des lieux, cependant l’équipe salariée reste au cœur de la réalisation concrète du projet. Les personnes en charge de la direction ont aussi un rôle majeur quant aux choix artistiques. Si ces enjeux de gouvernance viennent servir le projet global et sa vision politique et philosophique, ils demandent aussi une ingénierie précise et souvent peu valorisée. L’étude s’attarde sur ces savoir-faire relationnels et ce travail de liens, opérés très souvent par les équipes de coordination. Les équipes parlent de leurs compétences en pédagogie et animation de temps collectifs, indispensables au bon fonctionnement.
Enfin, le modèle économique des huit lieux est analysé dans la présente étude. Ancrés dans les logiques de l’économie sociale et solidaire, l’ensemble de ces projets présente des modèles basés notamment sur des subventions permettant ainsi le développement d’actions relevant de l’utilité sociale, voire de l’intérêt général. Ils reposent également sur une grande partie de bénévolat et de mise à disposition (des calculs précis ont été effectués pour chiffrer la valorisation et les montants peuvent parfois être très impressionnants). Enfin, une partie du modèle repose sur les recettes propres des projets. Les lieux témoignent cependant de leurs difficultés à les développer davantage (surcroît d’activités, volonté de rester inclusif, poids du fonctionnement global et de l’organisation associative…). Les équipes soulignent leurs difficultés à pérenniser les financements dans le contexte actuel : les dispositifs non reconduits, l’augmentation de la lourdeur administrative, la baisse des budgets alloués aux projets culturels (qui amènent par ailleurs ces acteurs à aller chercher des financements publics du côté de l’ESS ou des politiques publiques des tiers-lieux (Le Bouillon Cube et Lacaze aux sottises ont été labellisés Fabrique de territoire respectivement en 2021 et 2023). Tous témoignent d’inquiétudes ou de difficultés liées à la trésorerie (leur capacité théorique de fonds de trésorerie varie de 2 à 40 semaines maximum, pour une moyenne de 14 semaines).
À travers l’analyse de ces quatre grands sujets, l’étude pose ce qu’elle appelle « les lignes de force » de ce mode d’entreprendre spécifique. En quoi celui-ci résiste-t-il au schéma dominant du modèle capitaliste ? Que génère-t-il sur le territoire ? Est-il levier d’émancipation pour les personnes qui y sont impliquées ?
Les enjeux des modes d’entreprendre de ces organisations : entre expérimentation et précarité ?
Inscrits dans les logiques de l’économie sociale et solidaire, ces projets fondent la production économique sur l’utilité sociale et non sur la maximisation des profits. Le projet global et ce qu’il défend est au cœur de la dynamique commune. Dans une logique de non lucrativité, on voit alors des modalités d’entreprendre qui vont favoriser le maillage territorial, la mutualisation, la solidarité et la réciprocité égalitaire. Comme un espace de résistance à l’injonction à la marchandisation, ces lieux continuent de défendre un autre modèle de développement : des espaces d’intermédiation, d’alliances et de coopérations. En conclusion de l’étude nous pouvons lire, « Finalement, chaque lieu se présente comme un commun délimité et fortement situé dans un environnement particulier. Entre le duopole contemporain formé par la logique de marché et l’intervention publique, les lieux participent ainsi à la volonté de voir renaître et se développer un autre mode de fonctionnement qui (re)donnerait toute sa place aux initiatives foisonnantes et différenciées d’une société civile attachée à des valeurs d’auto-organisation et de solidarité » Lieux artistiques d’initiative civile. Un mode spécifique d’entreprendre en commun (Ibid, p.113).
Comme une alternative à la dualité “marché versus état”, ces projets expérimentent des nouveaux modes de développement et de modèle économique. Mais ils sont confrontés à la difficulté de pouvoir rendre visible et valoriser leurs impacts et ce à quoi ils contribuent.
La notion de communs et celle de communauté entreprenante n’est pas simple à identifier. Le rapport parle de communautés d’acteurs, qui malgré des intérêts divers, voire divergents, parviennent à partager un espace et des ressources communes, au sein desquelles ils établissent des règles partagées, qui prendraient soin de ces ressources. Les règles collectives sont cruciales pour pallier les différentes tensions qui peuvent apparaître dans ces dynamiques de développement d’un commun.
Au sujet de ces lieux, le rapport conclut : « Ni simple communauté de vie ni entreprise productive, ils constituent plutôt chacun une véritable communauté entreprenante animée par un projet social singulier. On y trouve en effet une attention aux relations et apprentissages de personne à personne, à la centralité du travail réel et de l’activité réalisés en commun, à leur dimension collective. Ces structures sont plutôt de petite taille et se présentent comme un nous qui reconnaît chaque individu et son autonomie propre, tout en restant non exclusif et ouvert vers l’extérieur. De nombreux traits saillants sont ainsi à souligner : subsidiarité et collégialité, flexibilité et bricolage organisationnels, besoin d’un temps long pour se développer, rôle des connivences et d’une vision commune du monde‒ et au moins de visions du monde compatibles ‒entre leurs membres, mais aussi importance des épreuves partagées, d’un management de proximité, nécessité d’espaces de discussion pour rendre visibles et traiter les tensions »Lieux artistiques d’initiative civile. Un mode spécifique d’entreprendre en commun (Ibid, p.91).
Et les tensions sont palpables, lorsqu’il s’agit d’aborder les conditions de travail des équipes. Ces dernières mentionnent la précarité de leur emploi et la charge mentale importante qu’elles doivent assumer, notamment lorsqu’elles sont à des postes de coordination, de direction ou d’administration.
On peut donc interroger la véritable alternative proposée par ces organisations inscrites dans les logiques de proximité, qui soulignent le fait que la mutation de la fonction employeur rend leur quotidien plus complexe. La montée en puissance des appels à projets, le discours dominant autour de la marchandisation rend difficile la résistance à un modèle qui met en concurrence les acteurs et les projets. Comment sortir de logiques qui mettent en souffrance les équipes, qui cachent des formes de violences derrière un projet qui justifierait de nombreux sacrifices ?
Par ailleurs, les difficultés à évaluer ces démarches, aussi parce que les indicateurs souvent proposés sont inscrits dans des logiques libérales tout à fait insatisfaisantes pour ces projets, rend plus complexe l’analyse de ces modes d’entreprendre dans leur territoire. Répondent-ils à des besoins au-delà des enjeux artistiques ? Accompagnent-ils les transitions écologiques, économiques, culturelles et sociales ?
Afin de poser un regard critique pertinent sur ces enjeux, le rapport propose des points de repères, (proposés en 2017 par le Conseil supérieur de l’ESS), pour mieux comprendre le rôle de ces organisations dans les processus d’innovation sociale : « la nature et l’intervention du collectif, la logique de service proposée, l’accessibilité et la place des bénéficiaires, l’ancrage territorial, la gouvernance, les ressources mobilisées, mais aussi la place de la recherche, la rupture avec ce qui existe déjà, la capacité à essaimer et à oeuvrer ne serait-ce que de façon modeste au changement socialBesançon et Chochoy, 2018 ; Institut Jean-Baptiste Godin, 2015. Autant de marqueurs qui aideraient à enrichir l’évaluation des lieux, c’est-à-dire la délibération collective sur la valeur multifactorielle produite par de telles démarches. Au-delà des seuls critères usuels d’efficacité‒ la conformité des actions réalisées aux objectifs affichés‒et d’efficience‒ l’adéquation entre moyens engagés et résultats obtenus‒, d’autres pourraient ainsi être bien plus considérés : la pertinence‒ l’adéquation de l’action mise en oeuvre aux enjeux identifiés‒, la cohérence‒ la concordance entre les différentes actions menées et les moyens déployés‒, mais aussi l’utilité sociale‒ le lien entre résultats obtenus et besoins ou problèmes identifiés »Le Roy et al., 2019.
Si les modalités d’entreprendre de ces projets témoignent d’une volonté forte d’acteurs culturels de contribuer à nourrir des imaginaires alternatifs en termes de développement économique et territorial, il est cependant difficile de mesurer la puissance émancipatrice de ces expérimentations. Nous l’avons vu, les équipes manquent d’outils, de moyens et de pratiques pour valoriser et modéliser ce qu’elles mettent en place.
Conclusion
Le rapport se conclut sur les mises en perspectives possibles. Nous apprenons que celles-ci proviennent en partie de lecteurs qui ont eu accès à une version provisoire. Ainsi, les équipes des lieux, mais aussi des personnes extérieures sensibles aux sujets abordés ont nourri la conclusion. Les lieux interrogés mesurent combien cela peut être précieux pour valoriser leurs spécificités. Ils regrettent cependant que leurs fortes relations avec les réseaux (lieux intermédiaires et tiers-lieux), ne soient pas mentionnés. Quant aux professionnels extérieurs, ils pointent des sujets qui pourraient être des pistes d’approfondissement : les droits culturels, les inégalités de genre, l’enjeu des transitions notamment écologiques.
Il est aussi souligné que la procédure d’enquête, en privilégiant le discours des équipes et notamment des directions, ne permet pas une pluralité de regards. On aurait aimé entendre les artistes résidents, les partenaires du territoire ou encore les habitants. Il est difficile ici d’évaluer la cohérence entre les discours et la réalité des faits.
Mais soulignons que cette étude à l’intérêt précieux de documenter et faire archives, sur le travail d’organisations qui ont peu de moyens pour le faire. Le fait que ce travail soit mené par un chercheur particulièrement sensible à ces démarches, contribue à nourrir une approche politique et critique sur ces projets et sur ce qu’ils bâtissent depuis près de 30 ans.
Note de bas de page :
1Quelques références et repères pour comprendre les droits culturels :
La Déclaration universelle des droits de l’Homme, 1948
Article 1 « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ».
Article 22 « Toute personne (…) est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité. »
La Convention de Faro, 2005
Convention-cadre du Conseil de l’Europe sur la valeur du patrimoine culturel pour la société.
« Le patrimoine culturel est une ressource servant au développement humain, à la valorisation des diversités culturelles et à la promotion du dialogue interculturel ainsi qu’à un modèle de développement économique suivant les principes d’usage durable des ressources. »
La loi NOTRe, dans la loi française, L’article 103 de la loi du 7 août 2015, Nouvelle Organisation Territoriale de la République, « La responsabilité en matière culturelle est exercée conjointement par les collectivités territoriales et l’État dans le respect des droits culturels énoncés par la convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles du 20 octobre 2005. »
Pour aller plus loin :
Henry Philippe (2024), « Les lieux intermédiaires et indépendants : une identité narrative spécifique ? »,in Galli David, Galliano Clara et Lambert Vincent (dir.),Les tiers-lieux culturels. Tome 1. Identités en création, Paris : L’Harmattan, p. 35-49.
Galli David, Galliano Clara et Lambert Vincent (dir.) (2024),Les tiers-lieux culturels. Tome 1. Identités en création, Paris : L’Harmattan, 284 p.
Halpern Gabrielle (2022), « Tiers-lieux : les conditions d’une véritable hybridation des laboratoires d’expérimentation de l’avenir ? », Fondation Jean Jaurès, 15 p.
Bollier David (2014),La Renaissance des communs. Pour une société de coopération et de partage, Paris : Éditions Charles Léopold Mayer, 192 p.
Carrey-Conte Fanélie et Eynaud Philippe (dir.) (2023), Communs et économie solidaire. Récits d’expériences citoyennes pour un autre monde, Paris : les Petits matins, 144 p.
Combes Josette, Lasnier Bruno et Laville Jean-Louis (dir.) (2022), L’économie solidaire en mouvement, Toulouse : Éditions érès, 248 p.
Cet article est publié en Licence Ouverte 2.0 afin d’en favoriser l’essaimage et la mise en discussion.