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Des tiers-lieux dans les collèges et lycées ?

Les Espaces services jeunesse, une expérimentation nationale entre tiers-lieux et service public.
Crédits photo : Pauline Losbar

2 avril 2026

Implantés au cœur des collèges et lycées, les Espaces services jeunesse (ESJ) rapprochent les jeunes des services qui leur sont dédiés localement. Dans un esprit tiers-lieux, ils accueillent, orientent et tissent des coopérations entre tous les acteurs locaux. Mais la place des professeurs dans ces tiers-lieux reste en débat. Retour sur une expérimentation encore en construction.

Les Espaces services jeunesse

Implantés au cœur des collèges et lycées, les Espaces services jeunesse (ESJ) rapprochent les jeunes des services qui leur sont dédiés localement. Dans un esprit tiers-lieux, ils accueillent, orientent et tissent des coopérations entre tous les acteurs locaux. Mais la place des professeurs dans ces tiers-lieux reste en débat. Retour sur une expérimentation encore en construction.

À l’ESJ du lycée Jacques Brel, à Vénissieux, des élèves se sont entraînés à l’éloquence en vue de l’oral du bac avec l’association locale Pandora. D’autres ont découvert l’expo « Bien dans ma tête parlons-en », réalisée par des acteurs culturels locaux. « L’ESJ est un lieu ressource, où les jeunes peuvent pousser la porte sans être dans un rapport scolaire », explique Laëtitia Girardet, coordinatrice de l’ESJ. Dans cet espace de 109 m2, on est accompagné dans toutes ses démarches, qu’il s’agisse de choisir ses vœux Parcoursup, trouver un stage, installer Pronote ou participer à des ateliers sur la santé mentale. « Nous travaillons en coopération avec l’ensemble des partenaires des secteurs de l’insertion, orientation, santé. »

17 Espaces services jeunesse en France

Créés en 2021 dans le cadre d’une expérimentation nationale, les ESJ visent un double objectif : améliorer l’accès aux services pour les jeunes jusqu’à 25 ans, en particulier dans les territoires où l’offre est dispersée ou difficilement accessible, et renforcer la coopération entre les acteurs locaux.* Ils sont implantés à l’intérieur de collèges ou lycées de zones rurales, de montagne, périurbaines ou relevant de la politique de la ville, mais avec un accès autonome, permettant d’être ouvert en dehors des périodes d’ouverture des établissements scolaires. Aujourd’hui, 17 sites pilotes, répartis sur tout le territoire, sont en activité. Chaque projet est né d’un diagnostic territorial partagé, associant l’ensemble des acteurs concernés. « Le fait d’être adossé à l’Éducation nationale nous donne une vraie légitimité, et surtout l’accès aux jeunes, même si dans notre cas, on touche principalement les élèves de Jacques Brel, moins ceux des autres établissements », souligne Laëtitia Girardet.

Un fablab labellisé Espace services jeunesse

À Clichy-sous-Bois, l’ESJ baptisé Le Petit Lien est né de la transformation d’un fablab existant au sein du collège Louise Michel. « Quand l’appel à projet ESJ est sorti, j’étais très enthousiaste à cette idée de tiers-lieu éducatif ouvert sur le territoire, ses acteurs, associations et habitants. Le Petit Lien est devenu ESJ en 2022 », explique Christophe Noullez, fondateur du fablab puis chef de projet de l’ESJ, par ailleurs professeur de technologie. Le facilitateur y organise des ateliers sur l’IA ou la conception de jeux vidéo, de l’écriture de mangas ou encore des concours de robotique, sur le temps scolaire mais aussi le mercredi, le samedi et les vacances scolaires.

Esprit tiers-lieux es-tu là ?

Christophe comme Laëtitia emploient le terme « tiers-lieu » pour évoquer l’ESJ. Car on y retrouve les ingrédients : lieu hybride, contributif, avec une dynamique partenariale, une posture non-descendante ou encore le droit à l’expérimentation. Une des conditions pour bénéficier du programme ESJ était d’ailleurs de pouvoir garantir un lieu avec un accès autonome et indépendant de l’établissement scolaire. Reste qu’il s’agit de lieux portés par des consortiums d’acteurs publics tels que municipalités, départements, rectorat, préfecture etc., animés par des facilitateurs et facilitatrices employés par des administrations. Difficile, donc, de ne pas les penser comme des institutions, à l’instar des Maisons France Services, auxquelles les ESJ sont parfois comparés, mais pour les jeunes. D’autant que les lieux n’ont pas tous une plage d’ouverture le week-end.

La place des profs dans les ESJ

Mais un autre débat traverse les ESJ : la place des professeurs. Laëtitia Girardet voit une force dans le fait que l’ESJ ne soit pas un lieu d’enseignement : « cela permet aux professeurs et aux élèves qui viennent de sortir de leur posture, d’être plus dans un mode collaboratif ». Christophe Noullez, lui, y perçoit un paradoxe. « Les ESJ ont été pensés comme des tiers-lieux éducatifs, dans les murs de l’Éducation nationale, mais parfois sans donner aux profs les moyens de s’en emparer pour monter des projets pédagogiques sur le territoire. », estime l’enseignant. Encore expérimentaux, les ESJ avancent par ajustements successifs et cherchent encore leurs modèles, adaptés à chaque contexte territorial. Ainsi, dans des territoires ruraux, les ESJ peuvent constituer un des derniers espaces accessibles aux jeunes du territoire. Alors, pour l’avenir, et si la solution était de savoir ce que les jeunes veulent faire de ces lieux ?

* Dispositif soutenu dans le cadre du PIA3 Territoires d’Innovation Pédagogiques (TIP) sous l’égide de France 2030, financé par le SGPI, opéré par la Caisse des dépôts et piloté par le ministère de l’Éducation nationale.

Cet article est publié en Licence Ouverte 2.0 afin d’en favoriser l’essaimage et la mise en discussion.