La transition écologique et sociale ne pourra pas se faire en solitaire. Sur les territoires, elle repose de plus en plus sur la capacité d’acteurs aux profils différents — associations, collectivités, entreprises, habitants, structures de l’ESS — à construire ensemble des réponses à des enjeux aussi complexes que l’alimentation durable, la précarité ou l’accès aux ressources. Mais cette coopération, aussi porteuse de sens soit-elle, n’est pas sans effets sur celles et ceux qui la font vivre au quotidien.
Il est aujourd’hui largement admis que la capacité à progresser dans le sens de la transition écologique et sociale suppose de renforcer la coopération territoriale. On entend souvent par-là, à juste titre, qu’aucun acteur n’est en capacité d’apporter seul les réponses à la hauteur des enjeux. Créer les conditions d’une alimentation durable à l’échelle d’un territoire, implique, par exemple, la transformation conjointe des modes de production, des pratiques de consommation, de la logistique (transport, stockage, transformation, conditionnement), mais aussi des modalités d’intervention de l’ensemble des acteurs en capacité d’agir directement ou indirectement sur les pratiques alimentaires (associations d’aide alimentaire, bailleurs sociaux, commerces locaux, etc.).
Néanmoins, pour de nombreux professionnels engagés dans de tels projets – songeons par exemple aux animateurs de tiers-lieux -, le travail n’est pas toujours synonyme de plaisir. L’engouement initial lié au fait de contribuer à un projet vecteur de sens laisse parfois place à la fatigue, voire à l’épuisement, avec toutes les conséquences qui s’en suivent sur le plan collectif (gestion du turnover, perte de compétences, risque de dégradation de la qualité des liens entre les acteurs de l’écosystème…).
Ces situations nous convoquent tous, que l’on soit directement concerné par ce type de situation, dirigeant de structure, accompagnateur, animateur de réseaux, chercheur, ou encore financeur de tels projets. Comment penser ces difficultés ? Que pouvons-nous faire ? Si la coopération comporte son lot de complexité, peut-elle néanmoins constituer une ressource pour faire face aux problèmes rencontrés ? A quelles conditions ? Ce sont ces questions que nous nous proposons de traiter dans cet article, en prenant appui sur l’expérience des Anges Gardins – une association d’éducation populaire œuvrant dans les Hauts-de-France pour une l’alimentation durable – et le référentiel de l’Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (ATEMIS & IE-EFC, 2025).
Des Places à VivreS pour une alimentation durable accessible à tous
Les Anges Gardins sont à l’origine de la création en 2011 de l’écopôle alimentaire de la région d’Audruicq. Il s’agit, à travers cette initiative, de structurer un système alimentaire territoriale favorable au « bien-vivre alimentaire L’expression « bien-vivre alimentaire », dont Dominique Hays est à l’origine, invite à penser l’alimentation dans une perspective multifonctionnelle. Se nourrir ne signifie pas seulement ingérer des denrées pour se sustenter (fonction nutritive). Il s’agit aussi d’un vecteur de création de valeur ayant des implications sur le plan gustatif, de la santé, de la convivialité, de la culture, de l’émancipation, du rapport entretenu entre les mangeurs et leur milieu écologique (Du Tertre et al., 2021). , réunissant autour d’un PTCE une diversité d’acteurs mobilisés pour l’alimentation durable. L’accès de toutes et tous – en particulier des personnes en situation de vulnérabilité – constitue un axe majeur de l’écopôle. Concrètement, cela suppose de s’organiser pour lever les freins technico-économiques (logistiques, financiers…) mais également d’accompagner les mangeurs vers des pratiques favorables à la transition.
Dans cette perspective, l’association a depuis longtemps cherché à mettre en place différentes formes d’accompagnement auprès des mangeurs (ateliers cuisine, chantiers coopératifs, formations…). Afin de valoriser l’engagement des mangeurs impliqués dans la mise en œuvre des actions, une Monnaie d’une Autre Nature pour de Nouveaux Echanges (MANNE) est créé au sein de l’agglomération Lens-Liévin. Par exemple, lorsqu’un habitant plante des arbres fruitiers dans un verger collectif dans le cadre d’un chantier participatif, il reçoit, en contrepartie, un certain nombre de MANNE lui permettant d’accéder à un ensemble de biens ou services inscrits au catalogue de contrepartie (un panier de légumes, un repas, etc.).
Assez vite l’idée de disposer d’un « lieu vortex » s’impose pour être en mesure d’agir avec efficacité sur les enjeux d’accessibilité et de citoyenneté alimentaire. A partir de 2019, les Anges Gardins investissent un ancien café de la place centrale de la ville de Loos-en-Gohelle pour constituer ce qu’ils désigneront comme une « Places à VivreS ». Ici, comme dans de nombreuses autres Places à Vivres créés depuisY compris « hors les murs », sur une parcelle mise à disposition par un bailleur social ou sur une place de marché, par exemple., on cherche à constituer (i) une place, c’est-à-direun lieu où l’on se retrouve, conçu pour être accueillant envers les personnes en situation de vulnérabilité, (ii) à vivres, autrement dit un lieu depuis lesquels sont produit et mis en circulation un ensemble de ressources matérielles (à commencer par les fruits et légumes) et immatérielles (des savoirs et des savoir-faire, de la confiance, de la convivialité, de l’envie et de la capacité d’agir…). Plusieurs types d’activités s’y déploient. Certaines visent à apporter des réponses immédiates aux problèmes rencontrées par les habitants (ex. distribution de paniers solidaires). D’autres leur permettent de pouvoir « mettre la main à la pâte » (ex. chantiers coopératifs) et de contribuer de manière opérationnelle au projet. D’autres enfin, sont établis afin de favoriser leur participation à construction des décisions liées au système alimentaire local (ex. mise en place d’une caisse alimentaire). Les PlaceS à VivreS sont ainsi pensées selon une logique de « parcours d’engagement » permettant à chacun de contribuer à la dynamique productive, selon un cheminement qui lui est propre.
Conjuguer innovation et travail social dans un cadre concurrentiel : comment « tenir debout » ?
Comme l’a indiqué Dominique Hays, le directeur des Anges Gardins, la mise en œuvre d’un tel projet implique énormément de travail de la part des salariés des salariés de la structure et des partenaires mobilisés autour des Places à Vivres. Il faut à la fois prendre le temps de concevoir les projets, garantir la bonne réalisation des activités productives récurrentes (production, transformation, gestion des stocks, transport, animation, accompagnement…), animer un ensemble de dispositifs (avec les usagers, les partenaires territoriaux), créer les conditions d’une participation effectives des habitants et des acteurs locaux… tout en cherchant à faire évoluer les modes de fonctionnements habituels dans un sens favorable à la transition écologique.
Dans la plupart des cas, le fait de participer à un tel projet d’innovation sociale est particulièrement grisant pour ceux qui s’y adonne. La réalité du travail nous rappelle toutefois, comme nous l’enseigne la psychodynamique du travail (Dejours, 2009), que le sens n’est pas suffisant pour que le plaisir au travail soit au rendez-vous sur le long terme. Alors que les salariés des Anges Gardins font face à des « publics » toujours plus abîmés, la capacité à fournir une réponse aux besoins actuels des populations tout en créant les conditions d’une transition qu’il s’agit defaire advenir, n’a rien d’évident. Ce d’autant plus que les personnes recrutées n’ont souvent pas d’expérience dans le champ du travail social : ils sont davantage recrutés sur la base des qualifications nécessaires à la réalisation des activités qui sont menées : agronomie, cuisine, innovation sociale, etc. S’inventent alors, en situation, de nouvelles façons de faire, sans que les professionnels, quels qu’ils soient, puissent s’appuyer sur des référentiels métier préétablis pour faire face aux événements qui se présentent à l’occasion du travail (ex. une demande difficile à traiter, une situation de détresse, un habitant qui se montre hostile à un projet, un conflit qui se profile…).
L’inconfort que ces situations de travail génèrent sur les professionnels qui s’y confrontent n’est toutefois pas nécessairement synonyme de souffrance. En revanche, l’absence de reconnaissance (collective) des difficultés rencontrées et des efforts réalisés pour les surmonter jouent un rôle déterminant. Si les conditions de réalisation du travail ne permettent pas aux uns et aux autres de mettre des mots sur les situations qui les interpellent et de qualifier les problèmes collectifs de travail que celles-ci révèlent (évolution du contenu du travail, enjeux de compétences, d’organisation, de management…), la solitude qui s’installe. Les difficultés rencontrées à l’occasion du travail sont alors souvent vécues comme des difficultés personnelles – et non professionnelles -, alimentant, selon les cas, des phénomènes d’épuisement, de découragement, de repli sur soi, de culpabilisation, de souffrance.
Malheureusement, le contexte politique et économique actuel n’est pas favorable. Un certain nombre de facteurs auxquels les acteurs de l’innovation sociale sont confrontés tendent plutôt à contribuer au renforcement de l’isolement des professionnels : contractions des moyens disponibles conduisant les uns et les autres focaliser le travail sur les activités directement productives au détriment des temps collectifs, faible disponibilités managers et des dirigeants dont l’activité est souvent phagocytée par la recherche de financement, renforcement des logiques de concurrence entre structures induits par la course aux appels à projets, etc.
Penser la coopération comme un enjeu d’organisation du travail
Comment agir face à ces contraintes, sans se décourager ? Comment maintenir une ambition de transformation sociale qui réponde aux besoins des population vulnérables, sans pour autant fragiliser l’engagement des professionnels ?
Nous souhaitons ici mettre l’accent sur deux pistes mises en œuvre par les Anges Gardins, qui nous semblent particulièrement prometteuses. Soulignons qu’un certain nombre d’expérimentation sur des sujets similaires ont été menées sur ces sujets au sein d’autres Jardins de Cocagne, avec l’appui d’ATEMIS. Cela a donné lieu à la production et la mise à dispositions de nombreuses disponibles en accès libre : https://www.reseaucocagne.org/ressources/guide-methodologique-reflexivite/.Dans les deux cas, il s’agit de penser la coopération non seulement comme une perspective morale et politique – une alternative à la concurrence, à la logique de marché – mais également comme un enjeu d’organisation du travail.
L’importance de l’organisation réflexive du travail
Les sciences du travail l’ont démontré depuis longtemps, il existe un écart irréductible entre le travail prescrit – le travail tel qu’il est prévu et tel qu’il se cristallise dans les fiches de postes, consignes, procédures, etc. – et le travail réel – le travail tel qu’il est accompli effectivement en situation, par les professionnels (Guérin et al., 1996).
L’expérience des Anges Gardins le révèle : cet écart est d’autant plus significatif lorsque les structures se donnent pour ambition de contribuer à une forme d’innovation sociale, tout en devant composer avec l’existant. Conduire la transition écologique et sociale, c’est inévitablement construire les conditions d’une transformation futures tout en faisant avec les attentes, les contraintes, les envies et les institutions actuelles. S’il est impossible de prévoir l’ensemble des événements auxquels les professionnels auront à se confronter dans la mise en œuvre d’une telle trajectoire, il est tout à fait possible de prévoir que le réel débordera toujours le travail prescrit et d’organiser le travail en conséquence. Cela suppose non seulement de soutenir la prise d’initiative des professionnels concernés, mais également de mettre en place des temps qui relèvent de ce que nous désignons comme l’ « organisation réflexive » du travail.Pour en savoir plus sur le concept d’organisation réflexive, on peut se référer au guide méthodologique produit par le Réseau Cocagne dans le cadre des travaux menés avec ATEMIS. https://www.reseaucocagne.org/wp-content/uploads/2023/09/Guide-methodologique-reflexivite.pdf Concrètement, il s’agit d’instituer des temps de retour d’expérience, qui permettent de revenir collectivement sur des situations qui interrogent le travail de chacun et les modalités effectives de coopération. Comme l’a indiqué Dominique Hays au cours de l’atelier, il s’agit de « relire » le travail accompli, afin de mieux comprendre ce qui s’y joue sur le plan professionnel (à quelles difficultés on se heurte, quels obstacles on rencontre, comment on s’y prend pour les surmonter, qu’est-ce qui fait ressource, etc.), tout en contribuant, chemin faisant, à redéfinir le travail à venir (ses finalités, les façons de faire, l’organisation, les outils…).
Ce type de dispositif constitue sur le plan de la santé une ressource essentielle pour lutter contre l’isolement et aider les professionnels à penser leur travail, dans un contexte où personne ne dispose, en contexte de transition, de repères suffisamment stabilisés pour agir. Sur le plan économique, ils constituent un « investissement immatériel » (De Gasparo, 2021; Du Tertre, 2008) auquel il faut pouvoir consentir si l’on souhaite renforcer la capacité collective à agir avec efficacité et à innover sur le temps long. Il importe donc de les traiter comme tels, c’est-à-dire comme des temps réservés au développement des ressources productives sur le temps long. L’un des principales difficultés évoquées à juste titre par Dominique Hays est celles de la capacité à installer durablement de tels moments au sein de l’organisation. Le paradoxe est tel que lorsque les contraintes productives se resserrent, salariés comme dirigeants peuvent vite avoir tendance à les faire « sauter ». Toutes les raisons sont bonnes, en effet, face aux innombrables priorités du quotidien (gestion des aléas, projet à faire avancer…), de se focaliser sur les activités directement productives. Or, c’est précisément lorsque les contraintes se renforcent qu’il est particulièrement important de pouvoir disposer de temps réflexifs.
Organiser le travail au-delà du « local » : vers de nouvelles formes d’organisation méso-économiques fondées sur la coopération ?
Afin d’évoquer la seconde piste, il nous faut revenir sur la trajectoire des Anges Gardins. Alors qu’il est sollicité dans le cadre d’un appel à projet PTCE pour contribuer, de facto, à la mise en concurrence des structures de l’ESS des Hauts-de-France engagées dans la transition écologique et sociale, Dominique Hays envisage une autre voie. Il propose à une dizaine de structures impliquées comme les Anges Gardins autour de l’alimentation durable au sein de leur bassin de vie respectif, de miser sur la coopération. Le projet qui s’initie alors est intitulé OCEAN-S, pour Organisation de la Chaîne Euro régionale des Archipels Nourriciers Solidarisés. Il vise une double ambition qui rejoignent les orientations poursuivies de longue date par les Anges Gardins :
produire mieux et davantage au service des solidarités alimentaires ;
renforcer l’accompagnement des personnes en situation de vulnérabilité à travers la création et le développement de Places à VivreS.
A cela s’ajoute une troisième condition, nécessaire à la réalisation des deux premières : mettre en place des formes d’organisation favorables à la coopération territoriale, non seulement à l’échelle de chacun des bassins de vie, mais également entre les quatorze structures aujourd’hui regroupées autour d’OCEAN-S. L’hypothèse qui s’expérimente ici est celle de la constitution d’une échelle d’organisation méso-économique (Lamarche & Bastien, 2025; Laurent & Du Tertre, 2008) permettant de combiner deux mécanismes de performance, au service d’une efficacité d’ensemble du système alimentaire territorialisé :
D’un côté, la réalisation d’économies d’échelles adaptées aux contraintes singulières liées à la production des conditions d’un bien-vivre alimentaire. D’où l’intérêt de concevoir certaines dimensions du travail à l’échelle de l’ensemble des bassins de vie et structures productives constitutive d’OCEAN-S.Cela nous conduit à proposer la notion de « bassin d’activité fonctionnel ». Un bassin d’activité fonctionnel n’existe pas en lui-même, il se construit au regard des contraintes singulières liées à l’activité productive considérée (que ce soit sur le plan écologique, social, économique…).
De l’autre, la possibilité de s’appuyer et de renforcer la proximité indispensable à la production de solutions ancrée sur les territoires et favorables à l’engagement des habitants en faveur d’une alimentation durable. D’où l’intérêt de favoriser le l’impulsion et le développement d’ « écosystèmes coopératifs territorialisés » (Vuidel & du Tertre, 2024) dédié au bien-vivre alimentaire à l’échelle de chacun des bassins de vie.
On le voit, la coopération territoriale peut constituer une ressource face aux difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de projets de transition écologique et sociale. De ce point de vue, l’histoire d’OCEAN-S n’est pas écrite. Encore faut-il, pour que la démarche perdure, que les efforts consacrés par chacun pour rendre possible la coopération se traduisent effectivement par des amélioration concrètes pour les professionnels concernés (dirigeants compris).
Après environ deux années de mise à l’épreuve du projet, de nouvelles perspectives organisationnelles se dessinent. Une réflexion est notamment engagée sur les difficultés liées au turnover au sein des équipes mobilisées autour des Places à VivreS, ce qui nous ramène aux difficultés de travail évoquées plus haut. Il est aujourd’hui envisagé de recruter une personne ressource à l’échelle d’OCEAN-S, dont la mission consisterait, d’une part, à faciliter le remplacement des personnes en cas de départ, de congés ou d’arrêt, et d’autre part, à soutenir la dynamique de professionnalisation autour de ces métiers émergeants (formation, retour d’expérience, appui à l’élaboration et la transmission d’une doctrine d’intervention, mise en place de dispositifs propice au développement du métier, etc.). Des solutions du même ordre sont également envisagées sur le plan de la production maraîchage et de la logistique (conception d’un métaplan de culture, mutualisation des ateliers de transformation, des lieux de stockage et du transport).
Ces résultats sont très encourageants. Ils se traduisent par une mobilisation croissante des professionnels concernés autour du projet OCEAN-S et donnent consistance à la logique d’ « appel à projets inversé »Sur la notion d’appel à projet inversé – ou d’appel à manifestation d’intérêt inversé -, on peut se référer au témoignage de Julien Adda lors de la restitution des travaux menés par le Mouvement Associatif sur l’influence des têtes de réseaux associatives. https://www.youtube.com/watch?v=6UCLOqQWm8M (témoignage à partir de la 42ème minute). promue par le Réseau Cocagne : les acteurs de la société civile définissent sur la base de leur expérience professionnelle les projets qu’ils décident de mener collectivement et vont chercher ensemble les moyens financiers nécessaires. Comme l’énonce très justement Dominique Hays, les enjeux liés à la reconnaissance du travail réel sont au cœur de cette démarche :
A travers cette logique d’appel à projets inversés, on parle toujours du travail. Quand vous avez un directeur ou une directrice qui est mal dans ses pompes parce qu’il n’arrive pas à joindre les deux bouts, que tout seul il a l’impression d’être humilié en permanence par des gens qui lui demande de monter sur un ballon comme une otarieDominique Hays fait ici référence au fait que dans de nombreux cas l’obtention de financement suppose de démontrer le caractère toujours plus innovant de son projet, au détriment, parfois, de la nécessaire continuité et du développement des actions mises en place., ça génère une incapacité à partager quelque chose de positif à l’intérieur de ses propres équipes. Ce qui a pour conséquence de laisser au sein des équipes des questions de travail mal identifiées, mal discutées, mal résolues. Ce qui contribue in fine, contribue à générer de la souffrance et des départs. (Dominique Hays, propos recueillis lors de l’atelier)
Conclusion
A l’heure où les budgets consacrés à l’économie sociale et solidaire sont au rabais et que les mécanismes de mise en concurrence se renforcent, la coopération constitue une perspective non seulement politique, mais également économique. Elle apparait comme une ressource permettant de répondre aux besoins présents des habitants – en l’occurrence les mangeurs – tout en œuvrant à la transition écologique et sociale que nous appelons de nos vœux. Elle l’est à la condition toutefois d’être considérée de manière offensive. C’est-à-dire, non pas comme une réponse aux injonctions à faire mieux avec moins ; non pas comme une simple question de gouvernance ; mais une ressource permettant de surmonter les difficultés concrètes rencontrées dans le travail de ceux qui œuvrent à la production de biens et services durables accessibles au plus grand nombre. L’organisation réflexive du travail et la transformation de l’organisation productive à l’échelle méso-économique constitue de ce point de vue deux perspectives intéressantes qu’il nous faut continuer d’instruire pour progresser vers une économie durable, solidaire et émancipatrice.
Cet article est publié en Licence Ouverte 2.0 afin d’en favoriser l’essaimage et la mise en discussion.