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L’encastrement d’un RU dans un tiers-lieu productif universitaire : une innovation située vers des pôles de coopétition.

Réalités d’une forme organisationnelle de coopétition

9 septembre 2026

La maison des étudiants du Campus de Villejean de l’Université Rennes 2 est un tiers-lieu productif au sein duquel se situe la brasserie-restaurant universitaire du CROUS. En quoi cet espace de restauration étudiante suscite une nouvelle approche de la coopétition située à partir d’organisations productives ?

Les tiers-lieux productifs : une nouvelle catégorie de lieux ? 

Tiers-lieux culturels, tiers-lieux nourriciers, entre autres, les qualificatifs ont été nombreux ces dernières années. En mars 2024, un collectif de chercheurs, d’animateurs et d’usagers de tiers-lieux s’est réuni à Grenoble pour interroger et penser les tiers-lieux productifs (Gautier et al., 2026). L’idée n’était pas d’ajouter une nouvelle catégorie à celles préexistantes mais de donner corps à une typologie de lieux qui émergeait alors. 

La littérature en sciences humaines et sociales (SHS) nous apprend que les « fablabs » et les « markerspaces » ont été appréhendés comme des tiers-lieux 2.0 de fabrication numérique (Bosqué et al., 2014) pouvant porter une certaine remise en cause de l’ordre industriel initial (Rumpala, 2014) avec une place importante faite au citoyen/consommateur. Mais, comme cela a été alors souligné dans cette journée d’études, l’insertion plus générale des tiers-lieux dans les systèmes économiques locaux, en particulier productifs, a globalement jusqu’ici été peu mise en évidence (Liefooghe, 2018) y compris dans une perspective plus low-tech (Bihouix, 2014 ; Gémain et Billaudeau, 2021). 

La notion de « tiers-lieu productif » n’est pas encore consolidée au point de détenir une définition consensuelle mais, au-delà des activités de transformation, de fabrication ou de production, qui les caractérisent, ce sont les liens sociaux qui s’y forgent, les apprentissages et les savoir-faire qui s’y partagent, les dynamiques collectives de coopétition qui s’y développent qui permettent de les appréhender et de les différencier. Par « coopétition », il faut comprendre sur un même site la présence de plusieurs acteurs concernés par les mêmes activités et les mêmes publics et qui, par conséquent, se trouvent à naviguer entre concurrence et coopération.

Les tiers-lieux productifs : en quoi consistent-ils ? 

Contrairement aux espaces de coworking qui accueillent, selon un modèle économique d’abonnement de quelques heures, dans des espaces individuels ou ouverts, des entrepreneurs individuels, les tiers-lieux productifs réunissent au sein d’un même espace différentes activités qui peuvent concernés l’alimentation et la restauration, ou bien des activités artisanales des métiers du bois ou de la métallerie, ou encore des activités de collecte, de réemploi et de revalorisation des encombrants et petits équipements. Ils représentent d’autres lieux de l’entrepreneuriat et du salariat (ALES) (Glémain et Billaudeau, 2021).

Ces auteurs précisent que ces ALES veulent mutualiser « autrement » les risques entrepreneuriaux par l’échange de pratiques et, surtout, les risques de solitude du travailleur isolé, tout en créant des communautés de proximités (sociales et géographiques) pour produire et offrir à leurs clients-bénéficiaires une autre manière de consommer, plus solidaire et responsable. En même temps, ces tiers-lieux productifs sont situés en un seul et même espace, au sein d’un « lieu partagé » où ils cohabitent et qui permet la territorialisation en opérationnaliser leurs productions. N’oublions pas que l’économie sociales et solidaires, inspirée par la géographie relationnelle (Humanistic Geography) fait du « lieu » à la fois un objet et une méthode de compréhension du territoire, de son développement soutenable, c’est-à-dire : économiquement viable, socialement responsable, solidaire, respectueux de l’environnement, et, reposant sur une gouvernance participative. Dans le Grand Ouest de la Bretagne et des Pays de la Loire, les tiers-lieux productifs peuvent être illustrés par : Comme un établi (artisanat), les Halles en Commun (recyclage, revalorisation, réemploi), ou la Ferme de l’Abbatiale (maraichage et atelier-bois).

Mais, qu’en est-il en milieu universitaire quand les restaurants universitaires (RU) se trouvent concerné par un tiers-lieu productif ?

La Maison des étudiants : un tiers-lieu productif de coopétition.

Nous proposons ici une analyse de cas d’un restaurant universitaire intégré dans un tiers-lieu productif alimentation-restauration afin d’illustrer l’approche à la fois théorique et empirique ci-avant. Ce choix relève d’une proximité géographique avec ce lieu, situé sur le Campus de Villejean à Rennes. Un autre similaire existe sur le Campus Mazier à Saint Brieuc.

La Maison des étudiants accueille en son sein plusieurs structures productives, en ce sens qu’elles fabriquent des biens qu’elles vendent, ou bien des services solidaires qu’elles proposent :  ESS Cargo et Cie qui est lui-même un tiers-lieu ouvert sur le QPV où est situé le campus universitaire, l’épicerie solidaire gérée par les étudiants, un bar et une crêperie associative étudiante, la brasserie du RU ainsi qu’un autre point de vente du RU qui commercialise des sandwichs et salades à emporter. A l’étage se situe un café associatif. C tiers lieu productif ressemble à un pôle territorial de coopétition (coopération et compétition) qui abrite l’ensemble de ces acteurs productifs au sein d’un même lieu, illustrant un exemple de tiers-lieu productif de coopétition qui, à la fois, génère de la coopération entre les structures et une forme de compétition quant au public d’étudiants concerné.

En effet, le public étudiant concerné par toutes ces activités liées à la question d’alimentation est commun à chacune des activités de restauration (concurrence). Mais, le fait d’être rassemblées en un même site les transforme en pratiques coopératives du « faire ensemble » (coopération) au service des étudiants, afin de répondre à la fois aux besoins et aux désirs alimentaires de chacun et de tous.

Des tiers-lieux productifs comme pôle territoriaux de coopétition économique.

Qu’il s’agisse de tiers-lieux rassemblant des artisans ou des particuliers (Comme un établi, Bretagne), ou des tiers-lieux ayant des activités maraîchères et agroécologiques et un atelier bois (Ferme de l’Abbatiale, Pays de Loire), ou encore du Plateau Fertile ou de la Jolie Colo (Auvergne-Rhône Alpes), tous ces tiers-lieux rassemblent des activités productrices au sein desquelles se retrouvent des professionnels et des citoyens. Les tiers-lieux productifs semblent pouvoir être assimilés à des pôles de coopétitions socio-économiques territorialisés.

Cet article est publié en Licence Ouverte 2.0 afin d’en favoriser l’essaimage et la mise en discussion.