4 050 tiers-lieux : un réseau d’initiatives citoyennes qui renforce les capacités des territoires
Le recensement national 2026 de France Tiers-Lieux confirme un changement d’échelle du mouvement des tiers-lieux. Avec près de 4 050 tiers-lieux recensés sur l’ensemble du territoire, contre 3 500 en 2023 et 1 800 en 2018, les tiers-lieux ne constituent plus un phénomène émergent. Ils forment désormais un réseau national d’infrastructures citoyennes de proximité qui participe au développement économique, social, culturel et écologique des territoires.
Majoritairement implantés hors des grandes métropoles, ils sont présents là où les besoins sont les plus importants : 35% sont situés en milieu rural et 21% dans les petites villes et villes moyennes.
Un mouvement toujours porté par la société civile
Le développement des tiers-lieux demeure avant tout une initiative citoyenne. Plus de 34% sont issus d’associations existantes, 29% de collectifs citoyens et 17% d’entrepreneurs ou de collectifs économiques.
Cela se voit aussi dans les statuts des structures gestionnaires très majoritairement associatives (71%), et dans une moindre mesure sous forme coopérative SCIC ou SCOP (10%).
Leur capacité d’action repose largement sur l’engagement des habitants. Les tiers-lieux fédèrent plus de 900 000 adhérents, mobilisent 170 000 bénévoles et accueillent 2 600 volontaires en service civique. Bien plus que des équipements ou des opérateurs économiques, ils constituent des communautés locales qui conçoivent et mettent en œuvre des réponses collectives aux enjeux de leur territoire.
À l’inverse, seules 16% des structures ont été créées directement par une collectivité territoriale, dont 9% par une commune et 7% par une intercommunalité. Si les collectivités impulsent parfois, ou gèrent directement certains lieux, elles se positionnent majoritairement en premier partenaire pour accompagner un mouvement qui reste profondément porté par la société civile.
Des infrastructures de proximité au service des habitants
Les tiers-lieux concentrent dans un même espace des fonctions qui étaient traditionnellement dispersées entre plusieurs équipements ou structures : en moyenne un lieu réuni plus de 9 activités différentes et s’inscrit dans 3 grandes familles de tiers-lieux (coworking, fablabs, tiers-lieux nourriciers, cafés associatifs, lieux intermédiaires et indépendants, ressourceries, etc.). Cette polyvalence constitue aujourd’hui l’une de leurs principales forces pour attirer et mobiliser les citoyens.
La culture est leur première activité. 70% développent une programmation culturelle ou artistique, 69% organisent des animations socioculturelles et près de 62% accueillent régulièrement des événements. En 2025, ils ont organisé plus de 234 000 événements, avec une fréquentation atteignant les 10 millions de participants. Les tiers-lieux contribuent ainsi à la vitalité culturelle, au lien social et à l’attractivité des territoires.
Ils sont également devenus un réseau majeur de transmission des savoirs. Plus de 71% des tiers-lieux développent des activités de formation, d’éducation populaire et de partage des connaissances. Ils dispensent des formations professionnelles, tantôt produites par le lieu lui-même (59% des tiers-lieux), proposées par des partenaires (56%) ou organisées par les membres du tiers-lieu (44%). En 2025, 235 000 personnes ont été formées dans un tiers-lieu, confirmant leur contribution croissante au développement des compétences, à l’insertion professionnelle et à la formation tout au long de la vie.
Les tiers-lieux sont également des lieux de travail et de production. Plus de 59% proposent des espaces de travail partagés (« coworking ») et 44% disposent d’ateliers de fabrication ou d’espaces productifs. Ils soutiennent ainsi le développement d’activités artisanales, agricoles, industrielles ou créatives et participent à la relocalisation d’activités économiques.
Cette économie productive s’inscrit pleinement dans les transitions écologiques. Parmi ces tiers-lieux productifs, 58% développent des activités de recyclage et de réemploi, près d’un sur deux pratique la fabrication numérique, 44% travaillent le bois, tandis que d’autres développent des activités de sérigraphie (34%), de textile (32%), des métiers d’art (28%) ou encore de transformation alimentaire (24%).
Enfin, les tiers-lieux assurent de nombreuses fonctions d’intérêt général : espaces de débat citoyen, médiation numérique, accompagnement des publics, santé, lutte contre la précarité alimentaire, vie associative ou encore insertion. En réunissant ces missions dans un même lieu, ils facilitent l’accès aux services tout en favorisant les coopérations entre acteurs locaux. On vient pour un atelier, un café ou un événement culturel, et l’on découvre au passage d’autres services de proximité ou dispositifs d’accompagnement.
Des partenaires stratégiques pour les politiques publiques territoriales
75% des tiers-lieux travaillent avec leur commune, 68% avec leur intercommunalité, 52% avec leur région et 48% avec leur département. Seuls 7% déclarent n’entretenir aucun lien avec les institutions publiques.
Cette coopération repose sur une complémentarité. Sans se substituer aux services publics, les tiers-lieux renforcent leur capacité d’action en mobilisant des réseaux citoyens, en expérimentant de nouvelles réponses et en rapprochant les politiques publiques des habitants.
Aujourd’hui, 12% hébergent un service public, 12% portent un agrément Espace de Vie Sociale, 11% accueillent un Conseiller numérique, 10% bénéficient d’une reconnaissance d’intérêt général et 5% participent à un Projet Alimentaire Territorial.
Parce qu’ils mutualisent des locaux, des équipements, des compétences et des financements entre de multiples acteurs, les tiers-lieux permettent d’optimiser les investissements publics et privés. Dans un contexte de fortes contraintes budgétaires, ils constituent un levier concret pour accroître l’efficacité de l’action publique sans multiplier les structures ou les dispositifs.
Une économie hybride au service de l’intérêt général
Les 4 050 tiers-lieux emploient plus de 16 400 personnes, représentant près de 12 000 équivalents temps plein salariés. Ils font également travailler plusieurs milliers d’indépendants, représentants près de 2 500 équivalents temps plein mobilisés pour faire vivre les tiers-lieux.
Avec un chiffre d’affaires moyen de 108 000 euros, ils génèrent collectivement près de 440 millions d’euros d’activité économique.
Contrairement à une idée reçue, leur modèle économique repose majoritairement sur leurs propres recettes : 55 % de leurs ressources proviennent de leurs activités (locations d’espaces, restauration, production, accompagnement, événements, formations, etc.), tandis que 45 % correspondent à des financements publics soutenant leurs missions d’intérêt général.
Ce modèle hybride développe simultanément des activités économiques et des services utiles aux habitants, sans opposer logique entrepreneuriale et intérêt général. Au contraire, il permet de réinvestir les revenus générés par les activités dans les actions d’intérêt général du tiers-lieu.
Une dynamique solide qui appelle désormais une consolidation
Le recensement témoigne d’une dynamique entrepreneuriale et citoyenne toujours forte. Plus d’un tiers des tiers-lieux souhaitent développer de nouvelles activités économiques, renforcer leur gouvernance partagée ou accroître leur contribution aux besoins de leur territoire.
Cette dynamique reste néanmoins fragile. 32% des structures déclarent être en déficit, 28% ont vu leur budget diminuer au cours de l’année écoulée et pour près de 42% la baisse du soutien des partenaires publics constitue un des principaux risques dans les 12 prochains mois.
Seuls 8% déclarent un risque de fermeture. L’enjeu réside davantage dans un affaiblissement progressif de leur capacité d’action : moins de coopération, moins d’expérimentation, moins d’innovation sociale et moins de temps consacré aux missions d’intérêt général. 40% identifient un risque d’épuisement ou de démotivation des équipes et 23% le risque de devoir s’orienter vers des activités plus rentables, aux dépens de certaines actions d’utilité sociale.
Consolider un investissement stratégique pour les territoires
Le recensement 2026 marque une nouvelle étape dans l’histoire des tiers-lieux. Après avoir soutenu leur émergence, l’enjeu est désormais de consolider un réseau devenu essentiel à la résilience des territoires.
Les tiers-lieux démontrent chaque jour qu’il est possible de produire davantage de services, de coopération et d’innovation en s’appuyant sur les ressources déjà présentes localement. Ils mutualisent des espaces, des équipements, des compétences et des réseaux, créant des synergies qui bénéficient simultanément aux habitants, aux associations, aux entreprises et aux collectivités.
Dans un contexte où les collectivités et l’État doivent concilier maîtrise des dépenses publiques, transition écologique, cohésion sociale et développement économique, les tiers-lieux restent un atout stratégique pour renforcer durablement les capacités d’action des territoires.
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