À chacun des recensements de tiers-lieux – 2018, 2021, 2023, sans compter celui à paraître en 2026 –, la notion de transition écologique est apparue majeure. En 2018, les tiers-lieux se voient déjà caractérisés comme posant « les bases d’un nouveau monde où la transition écologique se trouve de fait accélérée par la transition numérique en cours ». En 2021, on les montre « au cœur des transitions », les investissant ainsi d’une portée transformatrice plus large encore. Cette ambition conduit, dans le recensement de 2023, à effacer l’adjectif écologique, pour une caractérisation plus fine de ce qu’il revêt. Économie circulaire, numérique, partenariats : l’écologie apparaît de manière transversale dans tous les champs d’action des tiers-lieux. Reste la notion de transition qui paraît désormais contenir, intrinsèquement, une dimension écologique. Parler de transition agricole, par exemple, c’est esquisser le travail qu’engagent les tiers-lieux pour produire de manière plus viable. Sur le média de L’Observatoire des Tiers-Lieux, pourtant, la notion de transition écologique n’a pas disparu des tags. Elle cohabite avec « expérimentations », « fabrication locale » ou « pratiques démocratiques », autant de termes qui se rapportent à des modes de faire similaires. Elle se retrouve aussi souvent liée à « impacts », l’attention tendant à se focaliser sur les effets de la transition plutôt qu’à ce qu’elle qualifie précisément. La transition écologique serait l’expression parapluie pour embrasser un vaste ensemble de termes. Mais alors de quoi est-elle le nom ?
Écologie et territoire
En 2018, déjà, le rapport de la « Mission Coworking », qui marque le premier recensement de tiers-lieux en France, mettait les tiers-lieux au défi de « mettre fin au double abandon des territoires ». Mais dans le discours, la valorisation des territoires était justifiée par la démonstration de leur utilité économique et de leur capacité à accompagner la production. Il s’agissait de les ramener du côté des « nouveaux modèles économiques » et de les aider à constituer des « environnements favorables » pour les entrepreneurs. En clair, d’accompagner leur capacité à « produire, inventer, innover ».
Ce « défi pour les territoires » auxquels devaient faire face les tiers-lieux, ainsi que titrait le rapport, devient dans le rapport de France Tiers-Lieux de 2021 une mise en action. Les territoires deviennent sujets et les tiers-lieux les encapacitent dans leurs actions. Patrick Levy-Waitz souligne ainsi, dès l’introduction du rapport, que les tiers-lieux « renversent une vision passive du territoire, en attente d’aides et de solutions, en territoire espace de construction d’actions d’intérêt général, de créativité où s’expérimentent d’autres modes de faire ».
Cette vision du territoire rejoint la pensée de Guattari sur Les trois écologies, d’après le nom de l’ouvrage que le philosophe fait paraître en 1989. L’environnement n’est pas un décor mais un agent de transformation qui participe des processus de subjectivation. Dans cette perspective, on ne vit pas dans un territoire : on fait territoire avec un milieu. Et parce qu’on « fait » aussi tiers-lieu, le lien entre tiers-lieux et écologie, par le territoire, se révèle évident.
Dire ou faire
La question de l’habiter et de la convivialité (cf. Ivan Illich) se substitue bien souvent à celle de l’écologie. Ce qui compte, c’est d’être là, de vivre ensemble. « Nous sommes le lieu » clame par exemple une habituée de Vive les Groues, dans un propos restitué par Cécile Gauthier dans un article (2025). De ce tiers-lieu nanterrois, Tanguy Coulou-Mohbat, qui en est le responsable projet, raconte qu’il est « juste un jardin de convivialité » où se rencontrent humains, scarabées rhinocéros et faucons. « On ne ressent pas le besoin de faire à tout prix de l’écologie », souligne-t-il.
Même son de cloche à la Ferme de Quincé, à Rennes. Adrien Champas, son coordinateur, explique qu’on y parle « de transition alimentaire, de transition agricole, de modèle social, etc. Mais j’ai du mal à placer le terme d’écologie dans tout ça. Disons que je vois notre projet comme une manière de faire le pont entre les urbains et les citoyens et le monde agricole ». Le terme d’écologie semble renvoyer à autre chose qu’aux problématiques de démocratie alimentaire ou de lien social : désincarné, selon Adrien Champas, il participe à « créer une distance entre ce qu’on veut faire et ce qu’on fait vraiment ».
Le terme tiendrait à distance les personnes agacées d’être la cible de sensibilisations, notamment dans les territoires ruraux, quand ce qu’il désigne pourrait au contraire les rapprocher des actions du tiers-lieu. Le flou qui entoure « l’écologie », ajoute Clémence Mainpin, directrice du fablab L’Établi dans les Landes, fausse la compréhension : « Le terme écologie, ce n’est pas du tout un terme qu’on met en avant parce qu’il n’est pas compris. Il est connoté consommation énergétique ».
Pour certains porteurs de projet comme pour certains contributeurs, la transition écologique ne renvoie à rien de sensible et de concret. L’expression, perçue comme floue, dépolitisante et démobilisante, n’est pas employée. À mi-chemin entre le mode d’emploi et la recette magique, elle ne permettrait pas « de comprendre le lieu, le lieu exact où nous vivons spécifiquement » pour reprendre les mots de Kirkpatrick Sale dans L’art d’habiter la terre.
De nouveaux modes d’action publique
Si elle n’est pas utilisée pour décrire des manières d’habiter le territoire, la notion de transition écologique l’est en revanche pour qualifier des façons de l’organiser. Elle constitue en cela un objectif direct ou transversal des politiques publiques. Arnaud Bonnet, directeur de programme Nouveaux lieux, nouveaux liens à l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), évoque ainsi comment le soutien aux tiers-lieux œuvre pour « une transition écologique en hyper proximité qui mobilise la société civile et les habitants en particulier sur des services et des modes d’action très concrets ».
À une échelle macro, des mesures comme la loi ZAN (zéro artificialisation nette) par exemple ont eu un impact fort sur les enjeux liés au patrimoine. Car la réhabilitation d’espaces inoccupés, abandonnés et souvent dégradés est devenue une préoccupation importante pour les collectivités qui doivent intégrer des obligations liées à la loi dans leurs documents d’urbanisme. La dimension écologique se double alors d’une dimension affective et collective qui participe de sa réappropriation par les habitants. Arnaud Bonnet souligne qu’il y a « une valeur symbolique forte pour incarner cet effort de maîtrise foncière dans les territoires, y compris dans les territoires ruraux où on sait que le ZAN a déjà un écho particulier parce qu’effectivement il y a plus de tensions encore sur les usages autour de l’espace et du foncier ».
Parler de transition écologique dans les politiques publiques revient alors à signifier un ancrage, une volonté de « redescendre » pour renouveler les modes de construction de l’action publique. En se tournant vers l’écologie comme elle se tourne vers les tiers-lieux, l’action publique tente de se renouveler. Comme le souligne Rémy Seillier dans un article, il s’agit de sortir « d’une logique de fonctionnement cloisonné pour faire émerger des solutions concrètes, ajustées aux réalités locales » (2025).
« Le rôle des pouvoirs publics devrait être central »
La culture tiers-lieux caractérise en effet l’envie d’expérimenter et de co-construire. Mais elle reste empreinte, nuance Lucile Aigron, fondatrice et responsable du développement et de la prospective de la Coopérative Tiers-Lieux, d’une vision « tournée vers le développement entrepreneurial et économique. La finalité est peut-être écologique mais ce ne sont pas les mêmes services ni les mêmes cadres d’intervention ». La dimension sociale de la transition écologique telle qu’elle est portée par les tiers-lieux doit ainsi être qualifiée.
Sur la question de l’alimentation, l’enjeu est donc loin d’être limité à la dimension productive et au modèle économique des lieux. Il s’étend à la « transformation des métiers agricoles », à la capacité des lieux à se rendre « populaires et accessibles » ou la favorisation de « l’accès pour tous à une alimentation locale et bio », énumère Ludovic Brossard, alors élu en charge de l’alimentation durable à la Ville de Rennes, dans la Revue de L’Observatoire des Tiers-Lieux consacrée à la transition écologique (2024). Le rôle de la collectivité sur cette question, avance-t-il, « est de faire coopérer les acteurs du territoire : producteurs, transformateurs, commerçants ».
Mais il est aussi, soutient le coordinateur de la Ferme de Quincé, de prendre part à cette coopération. Évoquant les paniers de légumes bios réservés aux personnes précaires du quartier, il explique : « J’estime qu’on ne vend déjà pas nos légumes au juste prix parce qu’on essaie d’être accessibles. Être solidaires en tant qu’acteurs ayant des modèles économiques qui ne sont pas viables, ça pose question. Donc beaucoup de gens ne mangent pas nos légumes parce qu’ils n’en ont pas les moyens. Il y a une énergie de dingue qui est déployée par les acteurs privés associatifs alors que le rôle des pouvoirs publics devrait être central sur ces enjeux-là. »
Mesurer l’impact ?
De fait, selon Amandine Largeaud, co-fondatrice du 100e Singe, tiers-lieu nourricier et espace-test agricole, « on sent un recul dans l’action politique, qui est un peu moins volontariste sur ces sujets-là que dans les derniers mandats. On refinanciarise, on remet des données économiques face à la donnée alimentaire ». La transition écologique devient alors le prétexte à des exigences comptables. Amandine Largeaud en témoignait déjà dans un article de 2024 pour la Revue de l’OTL (op.cit.), en affirmant la nécessité de faire évoluer les mesures d’impact.
L’exigence du chiffre revient, pour la directrice, à devoir « justifier de sa pratique, justifier de son impact, à se justifier, alors qu’en fait c’est nous qui avons le moins d’impact négatif sur les écosystèmes concrètement. C’est ce qu’on demande aux minoritaires : justifier de leur existence ». Cet accroissement de mesures à fournir s’accompagne d’une diminution des soutiens publics : si les partenaires institutionnels soutiennent les démarches comme celle du 100e Singe, « ces aides restent très faibles par rapport à l’ampleur des enjeux et se restreignent peu à peu ».
Ce faisant, les demandes d’évaluation oblitèrent la question du modèle politique ainsi soutenu. Pour Amandine Largeaud, le discours qui accompagne le soutien aux initiatives agricoles solidaires se fait « en faveur de mesures écologiques, mais ces initiatives sont moins soutenues que les initiatives dominantes ». La valorisation de l’alternative revient ainsi à endiguer sa dimension systémique. C’est aussi ce qu’analyse Geneviève Fontaine, chercheuse et co-initiatrice du PTCE TETRIS, dans la Revue de l’OTL (op.cit.) : la question demeure bien « au service de quelle conception des transitions souhaitons-nous agir ? ».
Car là où il faudrait aller vers un « réencastre[ment de] l’économie et ses modes de fonctionnement dans les sphères sociales et plus largement dans les limites de la biosphère », demeurent encore « la mode et le mythe de la mesure d’impact [qui] s’inscrivent dans [une] vision économiciste des transitions en tentant d’adapter la religion des résultats propres à la logique marchande aux enjeux écologiques et sociaux. » De ce fait, défend la chercheuse, « au sein de TETRIS, nous considérons que les efforts pour imposer la mesure d’impact s’opposent à la réalisation effective des transformations recherchées parce que les outils d’évaluation doivent être adaptés aux finalités et pas le contraire. »
Qualifier sa démarche
D’autres paroles relayées par l’Observatoire tendent à insister sur la dimension définitionnelle de la mesure. Dans cette perspective, la mesure d’impact ne vise pas à justifier mais à qualifier. L’article de Louis Dupuy sur L’Usine Végétale (2024), adapté de la Revue de l’OTL, montre la mesure d’impact comme un parti pris engagé pour l’équipe du tiers-lieu : « l’accent mis sur la transition écologique et les activités culturelles n’était pas des plus évidents pour les acteurs territoriaux en place ».
C’est aussi ce que semble viser une étude en cours du Groupe Domicile & Compétences intitulée « Les tiers-lieux réinventent-ils nos pratiques écocitoyennes ? ». L’objectif de la recherche menée est de caractériser des apprentissages et des savoir-faire, en prenant appui sur un échantillon de tiers-lieux engagés dans la transition écologique. Plus largement, la question renvoie donc à la recherche en tiers-lieux et à la manière dont celle-ci pense ensemble l’écologie et les tiers-lieux. La première édition des Cahiers de recherche, parue en 2025, met en évidence la proximité des deux objets.
Cette proximité de l’évaluation et de la recherche telle qu’elle est encouragée aujourd’hui pourrait de fait s’inscrire dans l’héritage des discours sur les futurs désirables et les récits transformateurs. « Montrer que ça fonctionne, que c’est possible » est en effet un leitmotiv des invitations à qualifier des pratiques et des modes de vie dits alternatifs pour les rendre majoritaires. Il s’agit en cela, comme l’écrivait Amandine Largeaux en 2024, de « changer l’écriture du récit et proposer de nouveaux imaginaires, adopter des virages radicaux ».
Écologies du faire
Néanmoins, les discours sur l’imaginaire entrent en tension avec certains dispositifs privilégiant, pour leur part, la capacité d’action immédiate. Alors qu’en 2018, les tiers-lieux étaient définis comme des « opportunités d’avenir » (Mission Coworking, op.cit.), ils accompagnent aujourd’hui la fabrication de communs d’urgence. S’il s’agit bien, dans les deux cas, de « repenser la manière de consommer, fonctionner, réparer en dehors des systèmes capitalistes classiques », d’après Jeanne Piacentino, cheffe de projets Communs d’urgence au sein du RFFLabs, l’enjeu est dans le deuxième cas de « se questionner sur la place de ces savoir-faire techniques et de la société civile dans la réponse aux crises et aux catastrophes ».
Devenue permanente, la « situation de polycrise » (sociale, écologique, politique) impose de faire des tiers-lieux et fablabs « des infrastructures de résilience territoriale en temps de crise pour aider les populations les plus à risque ». La fabrication des communs qu’accompagne le projet vise ainsi à faire sortir de l’hébétude pour se sentir en capacité d’agir, quand bien même il s’agit de petits outils, ainsi que les liste le Guide des pratiques écologiques dans les labs. En les définissant comme « des espaces ouverts à tous et à l’expérimentation [qui] permettent à chacun de sortir de la sidération face aux crises et aux urgences pour entrer en action, Patrick Levy-Waitz attribuait déjà cette fonction aux tiers-lieux dans le rapport de 2021.
« Résiliente », « agile » ou « robuste », dans les mots de Jeanne Piacentino, la démarche de transition se fait ainsi dans la visée d’une réaction et d’une organisation rapides. Pour autant, la dimension de documentation est centrale dans les projets mis en œuvre. Comme l’explique Antoine Ruiz-Scorletti, maker-directeur du Roselab, c’est cet enjeu de co-apprentissage et de formation qui permet de combiner les échelles d’action. Documenter, c’est faire dialoguer : « Là d’un coup ce n’est plus juste le petit atelier du Roselab à Toulouse, plus juste le petit Atelier 48 à Lustar avec 100 habitants, c’est tout un réseau mondial ».
Transitions culturelles
Mais en se penchant sur la notion de transition, le chercheur Raphaël Besson veut « sortir de la notion purement écologique qui restait liée à une approche assez technique ou techniciste ». Si l’expérimentation passe par le faire, et donc par les outils, elle doit aussi passer par un renouvellement des manières de faire relation – sans que l’outil n’ait à faire médiation. L’approche qu’il propose fait de la transition une démarche « d’abord et avant tout culturelle, sociétale, qui fait partie d’une évolution de nos modes de faire organisationnels, institutionnels, mais aussi individuels, de nos représentations et de nos récits ».
En 2024, l’article de Raphaël Besson dans la Revue de l’OTL se propose d’observer la manière dont certains « espaces transitionnels », parmi lesquels des tiers-lieux, vont au-delà de l’adaptation au contexte transitionnel sur lequel se penchait le chercheur en 2018 pour un rapport sur « Les tiers-lieux comme vecteurs de transition écologique et solidaire ». Désormais, certains font véritablement transition et affichent cette ambition comme objectif de leur démarche. Les espaces transitionnels, dans cette perspective, ne sont pas seulement les outils de la transition écologique, mais les vecteurs d’un faire transition plus large.
« Le défi est ici davantage culturel », pointe le chercheur dans l’article : il convient « de sensibiliser et d’acculturer la société civile [aux transitions], […] voire de l’associer dans la fabrique des transitions et des choix qu’elles entraînent. » C’est aussi ce que souligne Geneviève Fontaine dans la revue : « Les transformations nécessaires pour faire face collectivement aux enjeux écologiques d’aujourd’hui et de demain ne peuvent se limiter à des changements de pratiques et de manière de faire. Elles nécessitent avant tout un changement d’imaginaire ».
Deux ans plus tard, le rôle des espaces transitionnels dans la diffusion de la culture des transitions reste essentiel : ceux-ci constituent, pour Raphaël Besson, « les bons espaces pour apprendre à habiter le gris, habiter l’entre-deux-mondes ». Loin de confiner à l’entre-soi, ces espaces accueillent « la conflictualité et permettent de créer des vrais lieux de débat ». C’est par là que se joue la proximité relationnelle nécessaire à l’établissement de processus de coopération. On retrouve cette idée dans les articles de l’Observatoire mettant en regard pratiques démocratiques et transition écologique, comme « Remettre l’église au milieu du village », publié en 2025.
Écologies de la subsistance
Pour les auteurs de ces articles, la transformation à opérer ne passe pas par la création de nouveaux projets ou l’écriture de nouveaux récits. Elle s’attache au contraire à composer avec l’existant. Dans l’article « Construire avec le déjà-là » (2025), le designer Tom Hébrard écrit ainsi que « plutôt que d’inventer de nouvelles structures déconnectées des réalités locales, il est impératif de revitaliser les structures politiques historiques marginalisées ». La transition écologique est toujours déjà entachée des rapports de domination (entre ville et campagne, entre autres) qui l’ont fait naître. À l’inverse, l’auteur invite à renouer avec « le déjà-là de celles et ceux qui habitent la campagne et leurs mouvements historiques » et leurs « gestes quotidiens qui incarnent une écologie politique concrète ».
C’est aussi à partir du point de vue des habitants de milieux ruraux que Yaëlle Amsellem-Mainguy et Valérie Jousseaume, dans un entretien paru en 2025, posent la question de la légitimation des mobilités des « filles du coin ». Si « l’imaginaire et les idées sont la première étape », la deuxième se trouve dans le réinvestissement du quotidien. Dans cette acception, il n’y a pas de transition : on assiste bien plutôt à « un renversement des imaginaires », et à la volonté, réaffirmée par Tom Hébrard et Samuel Chabré dans un article de 2024, de « sortir du surplomb pour entrer dans l’idée d’une égalité radicale ».
Mais « est-ce qu’on est collectivement prêts à faire sécession ? », interroge Amandine Largeaud du 100e Singe, qui regrette : « Il n’y a rien de radical dans la façon dont nous nous adaptons aujourd’hui. Le milieu associatif meurt, asphyxié par l’arrêt du soutien politique, et ça ne se voit pas, c’est silencieux. En nous adaptant silencieusement, nous desservons les publics que nous accompagnons, des publics dont nous sommes les derniers soutiens, puisque si nous les accompagnons, c’est déjà parce que l’État les a délaissés. Alors que si nous faisions sécession, il y aurait un vrai trou, un arrêt brutal, ce serait visible. » Il faut donc agir et le dire, mais en se réappropriant certains mots, notamment ceux de l’écologie sociale ou populaire : « Je pense que dans nos radicalités, il va falloir se nommer, s’y reconnaître, et en finir avec ce consensus qui nous dessert. »
Cet article est publié en Licence Ouverte 2.0 afin d’en favoriser l’essaimage et la mise en discussion.